LENDEMAINS DIFFICILES D’APRÈS-LÉGISLATIVES : Les chantiers d’hivernage de macky….

Si les fortes précipitations enregistrées vendredi à Dakar – 126 mm – et ayant occasionné de nombreux désagréments au point de favoriser le déclenchement du Plan national d’organisation des secours (ORSEC) — préoccupent au plus haut point le chef de l’Etat, Macky Sall, en cette période d’hivernage, la proclamation provisoire des résultats des élections législatives du 31 juillet 2022 par la Commission nationale de recensement des votes, jeudi dernier, n’en demeure pas moins une grosse épine dans ses pieds.

En effet, arrivée en tête avec 1.518.137 voix qui lui confèrent un total de 82 sièges à l’Assemble nationale, la coalition Benno Bokk Yakaar, qui a perdu la majorité absolue une première historique depuis l’indépendance du pays – est aujourd’hui contrainte à une cohabitation parlementaire certaine.

Le nombre de députés de l’ancienne majorité va passer de 125 à 82 députés sur 165. Macky Sall devra ainsi composer avec une assemblée nationale hors de contrôle pour valider ses différents projets de loi. Il devra aussi faire face à l’équation de la nomination d’un Premier ministre, poste supprimé au lendemain de sa réélection en février 2019.

Pour la première fois de son histoire, notre pays, qui amorce un tournant décisif pour l’avenir de sa démocratie, va expérimenter une cohabitation dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale où la majorité mécanique de la mouvance présidentielle dictait sa loi jusque-là. Avec l’arrivée massive de députés de l’opposition issus principalement de Yewwi Askan wi (56), de Wallu (24), des Serviteurs MPR (1), de Bokk Guiss-Guiss (1) et de Aar Sénégal (1), le visage de l’Assemblée nationale va assurément changer durant cette XIVe législature. Et le premier chantier du chef de l’Etat est de récupérer le perchoir de l’Assemblée nationale. Une chose pas du tout aisée dans ce contexte tendu où les populations surveillent comme du lait sur le feu l’expression de leurs suffrages tendant à imposer une cohabitation forcée au président Macky Sall.

Selon le journaliste et analyste politique Mamadou Sy Albert, le chef de l’Etat, Macky Sall, doit se faire d’abord violence et se départir de toute attitude négative pour mener à bien d’inévitables discussions avec l’opposition. «L’attitude du président de la République au lendemain de ce scrutin n’est pas la bonne. C’est la première fois qu’il perd les locales et les législatives et sa colère peut démoraliser son camp qui fait face à une situation inédite. Il n’y a pas dans ce pays une expérience antérieure sur laquelle il pourrait s’appuyer
et il faudrait d’abord qu’il accepte et intègre cette nouvelle donne. Le risque que l’opposition décroche le perchoir de l’Assemblée nationale constitue un nouveau problème au vu des résultats serrés issus du scrutin (82- 83).

Donc, il faudra que le Président négocie pour récupérer le perchoir de l’Assemblée nationale et les postes clés du bureau. Et pour ce faire, il devra faire montre d’une attitude beaucoup plus positive. Sa démarche de débauchage des maires entamée après les locales et pendant les législative a échoué. Certes, il a décroché des maires mais, comme on l’a vu, ceux-ci ne lui ont été d’aucun apport lors des législatives puisqu’ils ont tous été balayés dans leurs communes. Va-t-il persister dans cette démarche ou va-
t-il accepter de prendre langue avec l’opposition et jouer franc jeu ?», demande notre interlocuteur.

Une gouvernance concertée

Pour Mamadou Sy Albert, il n’y a pas beaucoup d’issues pour le Président Macky Sall s’il veut gouverner sans heurts. «S’il (Ndlr : Macky Sall) accepte de discuter sincèrement avec l’opposition en reconnaissant sa victoire, cela pourrait aboutir à un consensus pour la présidence et les membres du bureau de l’Assemblée et huiler les rapports de l’exécutif avec le législatif dans une gouvernance concertée. Mais s’il n’accepte pas le principe de la gouvernance concertée, nous irons irrémédiablement vers une cohabitation conflictuelle à moins qu’il y ait éclatement de l’opposition. Ce qui est peu probable au vu du contexte», estime Mamadou Sy Albert.

Aminata Touré, une président consensuelle ?

Au cas où le perchoir devrait revenir à la majorité présidentielle, Aminata Touré pourrait hériter du perchoir. Selon Mamadou Sy Albert, elle a un avantage et est très politique. « Culturellement, elle sait ce que sont le pouvoir et l’opposition et comment manager une institution pour avoir été Premier ministre et présidente du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Nous allons vers une situation inédite et elle connaît les composantes de l’opposition.

Donc, politiquement, elle a du potentiel pour discuter et trouver des consensus avec l’opposition. Cela dit, son inconvénient est qu’elle n’a pas d’assise politique, a perdu son bureau de vote et pourrait vivre des secousses en interne au niveau du groupe parlementaire de la mouvance présidentielle», ajoute notre analyste politique.

Eviter l’erreur de Wade en 2009

Pour le type de gouvernement à mettre en place, Mamadou Sy Albert recommande de ne pas répéter l’erreur de Wade en 2009 avec la Génération du concret dont les partisans battus avaient fait une rentrée en force dans le gouvernement. « Le Président Wade avait fait une promotion gratuite des membres de ce mouvement et ça a été la catastrophe pour lui et le Pds. Donc pour le prochain gouvernement, il ne faudrait pas que Macky Sall fasse la promotion des ministres et des directeurs généraux qui ont été battus.

Il faut mettre aujourd’hui en avant l’aspiration au changement et changer l’image négative de sa présidence, de l’Apr et de Bby. Donc, il faut privilégier le renouvellement du personnel politique et donner pendant les deux ans qui lui restent une chance à ces nouvelles têtes en réduisant la présence des membres de l’Apr et de Benno. Autrement, mettre en place des gens sanctionnés équivaudrait à créer des blocages entre le gouvernement et l’opinion », avertit-il.

Quant au futur Premier ministre, Mamadou Sy Albert milite pour la promotion d’un membre du gouvernement qui sera consensuel avec un ancrage local. « C’est ce chef d’équipe qui manque au Président Macky Sall », conclut notre interlocuteur.

Temoin

Chéf de Rédaction

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