LEGISLATIVES 2022 : AAR Sénégal peut-elle mettre fin à la bipolarisation BBy/yewwi ?

Le constat est sans appel ! Les deux grandes coalitions que sont Benno Bokk Yaakar et Yewwi Askan Wi ont une longueur d’avance sur les autres listes pour ces élections législatives. Cela se fait sentir depuis l’ouverture de la campagne.

Le constat est sans appel ! Les deux grandes coalitions que sont Benno Bokk Yaakar et Yewwi Askan Wi ont une longueur d’avance sur les autres listes pour ces élections législatives. Cela se fait sentir depuis l’ouverture de la campagne. A l’instar des autres listes en lice pour le scrutin de dimanche prochain, la coalition Aar Sénégal participe à sa première élection. Elle peut espérer se retrouver avec quelques sièges à l’hémicycle pour la prochaine législature. Très souvent, la réalité du terrain et celle des urnes sont différentes. Car ce sont les électeurs qui ont le dernier mot. Selon des spécialistes, ces législatives devraient tout juste permettre à la coalition de l’ancien ministre de l’Energie, Thierno Alassane Sall de découvrir l’intérieur du pays et de se faire connaître par les Sénégalais. La coalition Wallu Sénégal, quant à elle, a tiré profit de l’alliance avec Yewwi Askan Wi..Alors Aar Sénégal peut-elle mettre fin à la bipolarisation BBY/Yewwi ? Les analystes politiques que sont Pr Moussa Diaw de l’UGB et les journalistes politologues Mamadou Albert Sy et Bakary Domingo Mané apportent leurs éclairages et tentent de répondre à cette question…

La campagne pour les élections législatives est lancée depuis deux semaines et doit s’achever vendredi à minuit. Majorité comme opposition continuent de draguer l’électorat. Fraichement créée, la coalition Aar Sénégal est composée de quelques leaders de la classe politique sénégalaise. Il s’agit de l’ancien ministre de l’Energie, Thierno Alassane Sall, des anciens Rewmistes Dr Abdourahmane Diouf et Thierno Bocoum, de l’ancien juge Ibrahima Hamidou Dème, des députés sortants ou anciens Mariam Soda et Cheikh Oumar Sy. Cette coalition participe pour la première fois à une élection. L’enseignant chercheur en sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint Louis, M. Moussa Diaw, pense qu’il sera très difficile pour elle d’avoir assez de sièges à l’issue des législatives de dimanche prochain.

Ce compte tenu de sa configuration sur le plan national où elle n’est pas très connue. En clair, d’après Moussa Diaw, il lui reste encore du chemin à faire pour avoir un ancrage national synonyme d’élus. « C’est une coalition qui participe à une élection. Elle peut avoir la chance de se retrouver, peut- être, avec un ou deux députés. Au niveau national, le mouvement n’est pas bien ancré. Ils l’ont créé récemment. Ils jouent donc sur l’image de leurs leaders. Thierno Boccoum est connu de par les responsabilités qu’il a assumées à Rewmi tandis que Thierno Alassane Sall doit sa notoriété au fait d’avoir été ministre.

Il a claqué la porte de la majorité à la suite d’un désaccord portant sur la signature d’un contrat pétrolière avec Total. Aujourd’hui ils (Ndlr : Thierno Alassane Sall et Thierno Boccoum) se lancent dans ce mouvement en espérant convaincre les Sénégalais pour être élus députés. Ils pensent qu’ils représenteront de façon vraiment positive les Sénégalais qui leur feront confiance. Mais ce n’est pas encore gagné. Parce que, sur le plan national, ils ne sont pas très bien connus », soutient l’analyste politique.

PR MOUSSA DIAW : « Pourquoi les Sénégalais se désintéressent de la campagne »

Selon Pr Moussa Diaw, le désintérêt des Sénégalais pour la campagne électorale des législatives peut avoir un impact sur le scrutin de dimanche prochain en ce sens qu’il risque d’y avoir beaucoup d’abstentions. Ce qui, d’après lui,s’explique par l’image que l’opinion a des députés présentés comme des gens uniquement intéressés par leurs propres intérêts. « Quand on regarde bien les caravanes, on constate que les Sénégalais se désintéressent de cette campagne. Ce désintérêt risque de se traduire par une forte abstention pendant ces élections. Mais dans tous les cas, la liste Aar Sénégal est en compétition pour ces élections législatives. Elle joue sur l’image et la personnalité de ses leaders pour convaincre les Sénégalais.

Les discours politiques se ressemblent. Ce sont des promesses pour conquérir le pouvoir. Elles consistent à dire que nous, on fera mieux que les autres. On représentera mieux les Sénégalais. Tout cela peut être classé dans le discours politique. La réalité est autre. Je disais tantôt que les Sénégalais ne sont pas accros à ces élections-là. Ils ne trouvent pas leur compte dedans. Parce que l’image qu’on donne des députés, c’est celle de gens qui défendent leurs propres intérêts en terme de représentativité, en termes de gains politiques. C’est ce qui fait que les populations ne s’intéressent pas vraiment à cette campagne électorale », insiste encore le Pr Diaw.

« Wallu sera gagnant dans l’inter-coalition avec Yewwi Askan Wi »

En ce qui concerne la coalition Wallu Sénégal, Pr Moussa Diaw souligne que son avantage est d’avoir noué une alliance avec Yewwi Askan Wi. Ce qui devrait la sauver. Le parti de Me Wade traversait des périodes sombres et est déserté par ses militants. Mais cette nouvelle alliance avec Yewwi sera un point gagnant pour elle afin d’obtenir un nombre important de députés. « Wallu a beaucoup découragé ses militants. Le père fondateur n’est pas là, son fils non plus. Ce qui fait que c’est un mouvement orphelin. Wallu peut
être sauvé par cette alliance qui peut le booster et l’amener un peu plus loin par rapport à sa représen-
tativité. Son avantage, c’est d’avoir accepté de nouer des relations de soutien réciproques avec Yewwi
Askan wi qui pourraient l’aider à consolider sa position dans l’espace politique sénégalais », explique en-
core Pr Moussa Diaw.

« Le scrutin se jouera entre les deux grandes coalitions que sont Benno Bokk Yaakar et Yewwi Askan Wi »

L’un dans l’autre, l’enseignant chercheur en sciences politiques précise que l’enjeu de ces élections
législatives se jouera autour d’un rapport de forces entre les deux grandes coalitions que sont Benno
Bokk Yaakaar et l’inter-coalition Yewwi et Wallu au détriment des autres participants. Il reste persuadé que le combat se fera entre ces deux-là. « Il va y avoir ce rapport de force qui se jouera entre Yewwi et Benno Bokk Yaakar au détriment des petites coalitions qui sont nées. En tous cas, ça se jouera entre ces
deux-là. On arrivera à un rapport de force difficile. Parce que la majorité cherche à conforter sa position. Tandis que l’objectif de l’opposition, c’est d’imposer une cohabitation après avoir obtenu une majorité à
l’Assemblée nationale. Donc, l’enjeu c’est autour de ces deux coalitions. Les petites formations vont jouer leur partition minime », conclut l’enseignant chercheur en science politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, l’éminent politologue très pertinent et collaboratif, Pr Moussa Diaw.

MAMADOU SY ALBERT : « Aar Sénégal doit jouer sur la fin de la campagne pour gagner la confiance des Sénégalais

Mamadou Sy Albert ne dit pas le contraire de ce que soutient Pr Diaw. Pour lui, la coalition Aar Sénégal a un problème de positionnement. Mais rien n’est encore joué. Elle a la possibilité de bien finir la campagne pour essayer de convaincre. D’autant plus que les Sénégalais n’ont pas encore tranché. Selon lui,
le discours d’Aar Sénégal n’arrive pas à se positionner par rapport à celui des deux grands pôles. Or, de-
puis le démarrage de la campagne jusqu’à maintenant, la lutte se fait entre Benno et Yewwi. Aar Sénégal est au même niveau que les autres coalitions, notamment Bokk Guis Guis et Nantangué, dit-il. « Le problème de ces coalitions est le même que connait Aar Sénégal, qui est un problème de positionnement. Cette coalition a un bon profil.

Elle a des leaders connus. Sur le plan capital humain, Aar Sénégal a un potentiel relativement important qui est valable aussi bien sur le plan technique que sur le plan politique On ne sent pas une opposition tranchée comme celle qui caractérise Yewwi Askan Wi ou comme Wallu. Mais bon, cela dit, la campagne n’est pas encore terminée. Les électeurs n’ont pas encore réellement choisi en faveur de Benno ou de Yewwi Askan Wi. Les Sénégalais observent. Aaar Sénégal doit jouer sur la fin de la campagne. Si cette coalition arrive à finir très bien la campagne, les Sénégalais qui ne sont ni pour le pouvoir, ni pour l’op-
position peuvent très bien voter pour elle », explique Mamadou Sy Albert.

Poursuivant, il estime que « constituer la troisième voie est possible si Aar Sénégal réussit à avoir un discours qui puisse se distinguer de celui des deux grandes coalitions, à décliner son projet de pouvoir législatif, le fonctionnement de l’Assemblée. Il faut que ses leaders aillent chercher les électeurs indécis.
Aar Sénégal va à l’aventure et n’a pas la certitude de pouvoir gagner un département. Donc, ses dirigeants misent sur le vote national. Ce vote national est éclaté entre la majorité représentée par Benno et l’opposition incarnée par Yewwi Askan Wi. C’est ça la difficulté de Aar Sénégal »

BACARY DOMINGO MANé « Aar Sénégal doit travailler dans la durée… Elle peut ne pas faire de la figuration »

Les élections législatives constituent pour Aar Sénégal une occasion de se faire connaitre au plan national et de tenter de constituer une troisième force politique derrière Benno et Yewwi Askan Wi, selon le journaliste et politologue Bacary Domingo Mané. Autrement dit, la présente campagne électorale est une occasion pour Aar Sénégal de se présenter aux Sénégalais en perspective de ces législatives. Et, au-delà, en direction de futures échéances électorales. Bacary Domingo Mané pense que la coalition dirigée par
l’ancien ministre Thierno Alassane Sall doit continuer à lutter dans la durée pour se faire une place dans l’espace politique national. « L’issue d’une élection n’est jamais claire, tant qu’on n’a pas com-
mencé à décompter le nombre de bulletins dans les urnes. Pour le moment, on peut se fier simplement sur une chose en se disant : voilà les coalitions qui drainent du monde lors de leurs passages dans des localités.

Aar Sénégal a adopté une stratégie électorale privilégiant le porte-à-porte. Cela peut s’avérer efficace pour elle. Dans tous les cas, cette coalition peut occuper la troisième position. Après la majorité, Yewwi et Wallu,
c’est la seule coalition que je vois capable de faire quelque chose. Les autres sont inexistantes. La co-
alition Bokk Guis Guis fait de la figuration », analyse M. Bacary Domingo Mané. Qui rappelle tout de même que ce sont les Sénégalais qui vont en décider en dernier ressort. « Connaissant un peu la mentalité des Sénégalais, leur façon de voter, on peut s’attendre à ce qu’Aar Sénégal ne joue pas les trouble- fêtes. Parce qu’évidemment, le discours peut passer. Mais quand il s’agit de voter, peut-être que les Sénégalais voteront utile.

En termes de base électorale, tout le monde sait que les dirigeants de cette coalition n’ont pas de base. C’est à eux de se construire dans la durée et d’envisager de participer aux prochaines élections » conclut Bacary Domingo Mané

Temoin

Chéf de Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Next Post

Publication de la photo du Pape Mamadou SECK : le CORED met en garde les médias

mer Juil 27 , 2022
La publication de l’image de Pape Mamadou Seck par les médias menotté de dos lors de son arrestation par les gendarmes n’est pas du gout du Conseil pour l’observation des règles d’éthiques et de déontologie dans les médias (Cored). La publication de l’image de Pape Mamadou Seck par les médias […]